08/10/17 - Anti-rédaction
On a tous déjà eu à écrire un
texte. On a tous déjà été à l'école. Au jour d'aujourd'hui,
tout le monde, même dans les zones les plus reculées du globe peut
apprendre à lire et écrire (peut-être pas en France). C'est de cet
apprentissage que nous partons pour progressivement abandonner nos
facultés intellectuelles à nos systèmes de représentation
symbolique universels que sont les lettres et les chiffres. Ainsi,
nous pensons perdre en intelligence pour gagner en performance. La
performance viendrait de l'universalité du symbole, de sa capacité
à représenter le réel, et lui donnerait des attribues divins.
La religion peut donner valeur de sacré
à un texte à partir du moment ou il est lisible par tous. Il va, en
principe, contenir des symboles qui feront référence à des
réalités. Alors, pour réunir les Hommes dans une même société,
on a pensé qu'il serait plus intéressant de les faire se réunir
autour d'un texte. Les lettrés sauront dire la porté réelle du
langage, les autres auront le langage comme loi, pour plaider leur
cause lorsqu'on leur reprochera d'avoir mal agit. Tous pourront s'en
remettre à "dieu".
A l'école on nous éxplique comment
est architecturée une phrase, mais on ne nous dit pas pourquoi elle
est ainsi faite. On nous donne des brèves notions de conjugaison,
grammaire, orthographe. On nous dit ce qu'est un argumentaire. On ne
nous en dit pas plus. Comme si l'on ne voulait pas donner au tout
venant le pouvoir de manier le moyen d'expression universel. Comme si
l'on voulait donner aux gens les moyens de constater par eux-mêmes,
de manière superficielle, ce que peut dire ou non un texte, et à
une ultime limite comprendre en quoi il peut être manifestement
juste ou pas.
Lorsque je rédige, personnellement, ce
que je fais c'est violer les lettres avec des gros doigts. J'essaye
de les soumettre en les trainant de force le long de ma pensée
chaotique. Or, manifestement, le texte doit suivre un plan. C'est un
matériaux. Il lui faut des murs, des fenêtres, un toit, des
fondations. Il ne fonctionne pas comme une pâte à modeler qu'on
finirait par soumettre à ses folles envies créatrices. On peut
structurer tout ce que l'on écrit en fonction de plans établis, et
ces plans sont exactement les plans que l'on demande de suivre à
l'étudiant en université.
Le plan le plus classique c'est le plan
en entonnoir. Pendant nos études (pas les miennes), on nous demande
d'argumenter une thèse qui sera intimement liée au sujet du devoir.
Ce qu'on aura à faire c'est avant tout de comprendre le sujet, de
saisir en quoi il peut se rapporter à des thématiques connues et
pour finir de construire une rédaction argumentée qui aura réussit
à trouver suffisamment de sources dans les annexes fournies, comme
dans ses cours. On nous demandera donc d'avoir suivi les cours, été
attentif, avoir retenu les informations importantes, et été en
mesure de les faire communiquer avec des thématiques proposées à
l'examen.
Il existe d'autres "plans",
qui correspondent à d'autres formes d'écritures, et qui ne sont pas
forcément enseignées. La forme argumentative est considérée comme
utile à enseigner car elle permettrait de fabriquer des citoyens
capables de débattre et d'argumenter. Si la source de leur
argumentation est mauvaise, je ne vois pas en quoi leur capacité à
argumenter en ferait autre chose que des IIA ...
Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est
de savoir si je peux adopter une forme de rédaction qui ne soit pas
simplement un dépôt de pensées sur page blanche. Que ça ne soit
pas seulement un stockage/archivage de réflexions.
Je ne sais pas si l'ordonnancement de
ma pensée est un gain ou une perte pour celle-ci. On doit omettre
des idées, aller en chercher de nouvelles, pour créer des
équilibres. On doit se faire côtoyer le plus et le moins, le pour et
le contre, mettre à l'épreuve une proposition, chercher à savoir
si l'on a bien fait le tour de ce que l'on voulait dire. L'exercice
ultime de ce genre c'est la thèse de doctorat. Il faut aller
chercher des tonnes de références, les réunir dans un long texte
structuré non chaotique. Ca semble assez difficile et je sais pas
dire si c'est la meilleur chose à faire.
Un film aussi, une musique aussi, c'est
la même chose, il faut construire ce que l'on veut dire. Afin que
tout le monde puisse acheter le produit, pour le lire, se
l'approprier et le copier, avant que le piratage ne l'ai rendu
gratuit de force et que plus personne ne veuille l'acheter.
Un travail lent est fatalement destiné
à ne jamais être vendu. Le moment de la vente étant toujours trop
tard, il intervient quand le produit est déjà connu et reconnu et
usé jusqu'à la moile.
C'est pour cette raison qu'un flot
ininterrompue de réflexions, ni lisibles, ni appropriables, ni
copiables, a son intérêt. C'est comme fouiller le sol, trouver des
pépites et les enfouir dans une marre de boue. C'est ce que je
fais. Je ne vois pas l'intérêt de faire le travail de raffinage
d'un matériaux qui me sera volé et exploité quoi qu'il arrive.
Tant qu'à faire, autant qu'ils bossent un peu, tous.

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