05/07/17 - Moi en 2009

En 2009, j'étais dans la ferme parentale. Je me retrouvais presque tous les jours dans la ferme à faire toutes sortes de travaux pour aider à terminer le dernier exercice comptable avant fermeture des comptes.

Je m'étais décidé, puisqu'on s'en allait, de faire le tour de toute la ferme, de l'explorer, la photographier, la sentir, l'écouter, jusqu'à ce que je sois capable de la garder en mémoire pour le reste de la vie. Je courais, marchais dans les champs, crapahuté dans les hangars, les greniers, caves, engins, j'allais observer les animaux, j'essayais de communiquer avec eux par gestes distants, sons, regards, etc.

Quitter la ferme était pour moi impensable, impossible, je suis né, j'ai grandi là-bas, et c'était le seul endroit où je pouvais pleinement me détendre. Là-bas, je parlais fort, n'avais plus d'angoisses et tout mon corps se decrispait.

L'idée traumatisante de m'en aller, m'obligeait à réaliser ce que pouvait être réellement le luxe divin, suprêmement total, de posséder une terre.

Être chez soit est le seul vrai remède contre l'angoisse. Savoir qu'une terre nous appartient de générations en générations et que celà durera encore et encore, voilà tout ce qu'il faut à un Homme pour être heureux.

À notre époque, tous les Hommes sont exilés. Les gens qui possèdent les terres de leurs ancêtres, qui ne risquent jamais de les perdre, sont devenus extrêmement rares.

En habitant la ferme de mes grands parents et en ayant l'illusion qu'elle continuerait à être un refuge pour moi et mes descendants, j'ai été dans la position d'un milliardaire. C'était mon refuge : indestructible et inviolable.

Pour préserver mon innocence, et l'illusion que tout était éternel, les parents se sont endettés à vie. Il ont vendu leurs corps au diable pour qu'il les use.

Ce que j'aimerais c'est vendre mon corps au diable, pour vivre encore un peu l'illusion de l'éternité, juste avant de claquer. Me sentir bien, chez moi, libre, détendu, heureux.

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